Grand débat la contribution du Groupe ATD Quart Monde de Brest

1 |

Une dizaine de militant.e.s, issu.e.s de familles vivant des situations de grande pauvreté et une quinzaine d’allié.e.s qui soutiennent leur combat pour la dignité, se sont réunies début février (une réunion commune le 2/02 puis l’Alliance le 4, puis les familles le 9) à la maison des associations de Brest, 6 rue Pen ar Creac’h, dans le cadre du Grand débat.
Le texte ci-dessous ne prétend pas rendre compte de la richesse des échanges, mais faire la synthèse des constats partagés et des propositions avancées.
Plutôt que de rentrer dans le questionnaire très formaté du Grand débat, nous avons choisi de nous concentrer sur deux grandes questions, jugées centrales par tous :
1. Comment assurer un revenu digne aux personnes en grande précarité ?
2. Comment faire entendre la parole de ces personnes ?

1. Comment assurer un revenu digne aux personnes en grande précarité ?

Constats partagés

• Trop d’inégalités dans les revenus et la richesse en France
• Trop de non-recours pour le RSA et autres aides sociales
• Trop de complexité, manque de clarté sur les dispositifs et leurs critères
Par exemple : Primes, chèques énergie, dossier MDPH…
• Manque d’accompagnement dans l’accès aux droits par le numérique
• Trop d’irrégularité dans les revenus au cours d’une année
Par exemple selon les heures de travail effectuées comme aide à domicile, ou ménage …
• Attention : risque de tout perdre en cas d’allocation globale (projet RUA)

Propositions avancées

• Réduire les inégalités de revenus et de richesse
• Augmenter les minima sociaux, le Smic et les petites retraites
• Indexer ces revenus sur le coût de la vie
• Avoir un revenu (après charges payées) qui soit fixe et digne
• Déterminer une base minimale fixe par adulte (800 €) à partir des besoins essentiels (nourriture, logement, transport, santé, éducation, culture), et l’adapter selon la composition de la famille
• Un vrai accompagnement humain pour l’accès aux droits, avec des professionnels formés
• Un vrai droit à l’emploi, à la formation par un accès garanti à un emploi stable et digne
• Assurer la stabilité d’un revenu pendant un an
• Développer une démarche active vers les personnes qui n’ont pas accès aux droits et assurer un suivi constant et durable de cet accès à leurs droits.
• Pas de dépenses luxueuses à la tête de l’Etat

2. Comment faire entendre la parole des personnes vivant avec plusieurs précarités ?

Constats partagés

• Les personnes en situation de grande pauvreté ne se sentent pas écoutées...
et même souvent humiliées dans l’échange avec des élus et/ou des professionnels
« On n’est pas des serpillères, mais des citoyens ! »
« Comment peut on se sentir « citoyen » quand on nous identifie comme des usagers, ou par un numéro de dossier ? »

• Il y a une ignorance mutuelle, et des langages trop différents
• Pas assez de collectif : « La solitude de « l’usager » déconsidéré » !
• Les services et pouvoirs publics sont trop éloignés des plus pauvres
« Nos représentants ne nous représentent pas, ne connaissent pas nos vies »
• Même les « Gilets jaunes » n’intègrent pas la grande pauvreté dans leur combat

Propositions avancées

• Être écouté jusqu’au bout et ne pas voir ses propos déformés
• Garantir que chacun.e soit reconnu.e comme une personne, dans sa dignité
• Aller vers les personnes les plus éloignées des réseaux habituels de communication, d’échanges et pouvoir créer des liens de confiance.
• Renforcer la capacité d’expression (orale, écrite, numérique) des plus pauvres
→ Développer, relancer une « éducation populaire »
• Développer l’éducation à la coopération et à l’action collective
• Mieux soutenir les associations qui œuvrent dans ce sens.
• Créer à tous les niveaux, du plus local (locataires, quartier, école, commune...) au national, des lieux et des occasions de partager la parole des personnes les plus pauvres
Par exemple : Favoriser des cafés rencontres, des spectacles, des rencontres ( élus, professionnels et personnes) comme dans les soirées « haut parleurs » du CD29
→ Demander aux élus (commune, département, nation) d’inviter chaque année des personnes accompagnées par les associations de solidarité, devant et avec l’assemblée concernée au complet
• Développer la formation des responsables (élus, professionnels) à la situation et à l’écoute des personnes vivant en situation de grande pauvreté/précarité
• Développer les méthodes initiées par ATDQM (Université populaire, Croisement des savoirs, co-formation...) dans les lieux de pouvoir et dans tous les milieux.
• Garantir l’application des droits, le service rendu par l’administration

Note "Lire aussi la première expression de membres de l’atelier Lirecrire suscitée par la demande de notre représentant au Ceser"