La pauvreté, la faute à qui ?

Illustration : Philippe

D’abord est-ce qu’ils sont vraiment pauvres, les pauvres ? Y’en a beaucoup qui en rajoutent, non ? Et puis les fraudes, je te dis pas ! Franchement, avec tout ce qu’on leur donne, faut pas pousser quand même ! Ils dépensent n’importe comment leur argent, et puis après, ils ont faim et ils pleurent ! S’ils bossaient un peu, au moins, mais non ! Tout leur est dû, et ils disent même pas merci ! Bientôt ça va être de notre faute s’ils sont pauvres, les pauvres !

Ah bon ? Y’a près de 10 millions de personnes pauvres en France ? Ah, tiens, j’aurais pas dit... ça fait beaucoup quand même !
Ah bon ? Y’a plus de 300 000 personnes dont 2000 enfants qui dorment dans la rue en France ? Ah, tiens, j’aurais pas dit... ça fait beaucoup quand même !
Ah bon ? Y’a près de 40% de personnes en France qui passent à côté des prestations auxquelles elles ont le droit ? Ah, tiens, j’aurais pas dit... ça fait beaucoup quand même !

Mais alors... les vrais fraudeurs, les vrais responsables, les vrais profiteurs... ça serait... nous ?

La pauvreté est la faute de tout le monde.
Je pense qu’on vit dans un monde où c’est chacun pour soi.
La pauvreté n’est pas près de reculer mais ne fait que s’accentuer.
Mais je pense que toutes les compétences de chaque individu doivent être prises en compte que tu sois précaire ou non.
On avancerait plus vite ensemble que les uns contre les autres.

Répondre à cette question est, pour moi, bien trop complexe, je ne suis pas sociologue ni économiste, encore moins philosophe ou anthropologue.
Alors, "la pauvreté, la faute à qui ? Ou même, la faute à quoi ?"
Au pouvoir du plus fort sur le plus faible ? À la vénalité ? À sa naissance ? Au taylorisme ? À l’esclavage (passé ou moderne) ? À la corruption ? À Voltaire ? À Rousseau ? Aux dictateurs ? À la révolution industrielle ? Aux frontières ? À l’invention de la monnaie ? La liste est interminable.
Bref, je n’en sais rien.
Une petite anecdote de circonstance. Dans mon adolescence, je n’étais pas politisé. Lors de mes études d’horticulture, entre un cours de biologie végétale et un de mathématiques, nous avions une heure de droit du travail et entrepreneurial. Le sujet du jour était le S.M.I.C. , son histoire, sa création.
L’idée me vint de demander pourquoi il n’existait pas de salaire maximum d’intérêt commun ?
Je me rappelle encore la tête de mon enseignant, qui apparemment, venait de rencontrer un extraterrestre ...
Soit j’étais très taquin, très naïf ou alors, j’avais, sans le savoir, une conscience politique. Peut-être même un peu des trois.

Constance n’existe pas, mais elle pourrait exister, elle ferait partie des 9,8 millions de personnes vivant avec moins de 1260 € net par mois et même des 2,6 millions en dessous de 840 €. Depuis 2000 la pauvreté augmente, les chiffres sont sous évalués car les personnes sans logement ne sont pas comptabilisées. (INSEE 2024).

Ce matin, Constance est devant sa tasse de café, elle n’a pas envie de sortir. Elle n’a pas le courage d’affronter le regard de son voisin. Avant elle sentait une espèce de pitié, maintenant elle sent de la suspicion. Parfois il lui dit : Vous n’êtes au travail ? ou Vous ne vous ennuyez pas de rester à la maison ? et peut même rajouter : C’est sûr qu’avec les allocations que vous touchez .... Elle se dit qu’il doit regarder Hanouna ou CNews.

Des nouvelles mesures et notamment le décret sur le RSA font passer les pauvres comme de possibles fraudeurs qu’il faut surveiller, sanctionner. C’est comme si la pauvreté était devenue une faute à punir et non plus un fléau à éradiquer.
Un climat de pauvrophobie s’installe petit à petit.

Dans sa tête, Constance a l’article 25 de la Déclaration universelle ...qui tourne en boucle : il promet un niveau de vie suffisant pour toutes et tous, sans discrimination.
La pauvreté est un échec de la société et pas des personnes, la société porte cette responsabilité. C’est donc à la société de l’éradiquer par des choix, des décisions politiques.

La pire des raisons invoquées et entendues qui me vient à l’esprit, c’est que la pauvreté serait la faute des pauvres eux-mêmes qui ne feraient rien pour en sortir, profiteraient du système, et seraient donc coupables de leur pauvreté.
C’est le socle de tous les préjugés répertoriés par ATD Quart-Monde dans le livre "En finir avec la pauvreté" puis d’un 2ème "En finir avec la pauvreté institutionnelle".
Au fil des siècles la pauvreté a perduré et les préjugés se sont accumulés.
Mais en 1958, le Père Joseph Wresinsky, qui a grandi lui-même dans la pauvreté, s’est retrouvé à Noisy le Grand, un bidonville qu’il a appelé Quart-Monde pour le différencier du Tiers Monde (appelé Tiers-Etat pendant la révolution française en 1789).
Une autre raison est aussi ce qui devrait promouvoir l’égalité des chances, je veux parler de l’école : une bonne élève que l’on a fait redoubler lors d’un changement d’école alors qu’elle était admise dans la classe supérieure a vu son potentiel gâché en raison de cette décision inique et injuste d’une orientation prévue et non mise en œuvre. Ainsi combien de jeunes mal orienté.es par une orientation ne répondant pas à leur vœu ont vu leur avenir gâché et se sont retrouvé.es dans la misère !
Aujourd’hui la pauvreté résulte d’un manque criant de volonté politique dominée par une droite proche de l’extrême droite.
C’est l’une des graves raisons pour lesquelles je milite à ATD Quart-Monde car je connais, pour l’avoir constaté, tous les efforts faits par les pauvres eux-mêmes pour sortir de cette pauvreté en lien avec les allié.es et les bénévoles responsables.

La faute à qui ? Un peu à tout le monde.
Alors pour faire simple, s’il n’y avait pas de riches il n’y aurait pas de pauvres.
Maintenant c’est peut-être un peu plus compliqué que ça, mais si on regarde côté politique on verra vite que c’est "grâce à" notre cher gouvernement, ou plutôt NOS chers gouvernements, que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Quand on voit qu’ils suppriment petit à petit toutes les aides et veulent tout privatiser, il ne faut pas chercher beaucoup plus loin.
Mais si on cherche quand même un peu plus loin, on peut voir que la majorité de la population, pas forcément riche, continue d’acheter et consommer tout ce que vendent les riches... Ces gens continuent aussi à écouter et à croire ce que disent ces politiques véreux qui vont promettre des choses qu’ils ne feront jamais, et donc à voter pour eux sans se poser de question.
Donc pour résumer, les riches accentuent la pauvreté, les politiques leur lèchent les orteils, et les gens votent pour ces politiques. Donc la faute est un peu à tout le monde en fait...
Mais je pense que les riches et les politiques sont quand même les principaux fautifs.

Quand on est pauvre, il faut se serrer la ceinture. On doit faire des sacrifices. On ne peut pas tout se permettre. Car tout est de plus en plus cher. Et avec les minima sociaux, c’est difficile de se nourrir et de se vêtir correctement. On est obligé de dire non à certains articles car trop chers !
Avec le RSA et l’Allocation Adulte Handicapé, on ne vit pas, on survit. C’est pareil pour les petites retraites et les emplois précaires. On a parfois la sensation d’être plus ou moins exclu. Car d’un côté il y a les riches et de l’autre les pauvres. Il est fondamentalement important de donner la parole aux pauvres. On ne doit pas faire sans eux. Il faut écouter les pauvres car ils savent ce dont ils ont le plus besoin. C’est la politique d’ATD QUART-MONDE. Et un pauvre n’a pas seulement besoin de nourriture mais aussi de culture.
Quand on dit c’est la faute à qui ?
J’ai envie de dire que c’est la faute, en priorité, à ceux qui nous gouvernent.

La pauvreté, vaste sujet, La faute à qui ?
Aux puissants, à l’éducation... On entend de tout.
La course à l’échalote, à l’argent.
La course aux pouvoirs.
Avoir toujours plus, plus grand, mieux que le voisin.
La course à l’innovation,
La course à l’industrialisation,
La course à l’automatisme.
La folie des grandeurs.
Être en conflit avec les autres (commerciaux, guerres...) au lieu de s’associer, de vivre ensemble et de construire une vie plus juste.
Heureusement dans nos quartiers, les associations s’organisent et s’insurgent contres les inégalités et essaient de faire comprendre qu’on peut s’entraider au lieu de se déchirer.

On a laissé faire.
On n’est qu’un tout petit maillon de la chaîne et nous ne pesons pas très lourd.
Pourtant, nous sommes nombreux et l’union fait la force paraît-il ?
Aussi loin que l’on peut remonter, on a toujours utilisé le plus démuni pour s’enrichir et profiter.
Arriverons-nous un jour à comprendre que rien ne justifie de se liguer les uns contre les autres.
A quand une société égalitaire ?

Celle de Sarkozy et toute la "bande à riquiqui"
Un texte de J.B Clément (1870) qui reste d’actualité.
Elle vient du capitalisme et du pouvoir.
Ce sont les riches qui volent les pauvres.
Je pense comme Marius Jacob
Qu’il faut faire l’inverse.

La faute à Malchance de naître dans un milieu familial défavorisé par l’argent, l’éducation. Injustice parfois cumulée au niveau individuel, de souffrir d’une maladie ou d’un handicap.
Si la société ou l’école peuvent donner une chance de s’en sortir, certaines personnes sont plus ou moins privilégiées en termes de capacités et rebondissements possibles.
La faute aux politiques qui semblent ignorer les écarts sociaux qui se creusent toujours plus.
A Brest, le chômage était de 13 % en 2022, 6 % en 2024 : chiffres auxquels on ne croit plus.
La faute aux entreprises qui exploitent le personnel ou n’embauchent plus, au nom de la rentabilité.
Peut-être la faute au numérique qui exclut la population en manque de ressources pour se doter d’un ordinateur ou d’un téléphone.
Certainement la faute au commerce international.
L’argent mène le monde.
La course à l’enrichissement génère les laissés-pour-compte.

Jeff Bezos, Elon Musk, Bernard Arnault, la famille Dassault, Vincent Bolloré, Bill Gates,
L’État, Les flics, les colons, les blancs, les hommes, la bourgeoisie, france-travail,
Les proprios, les actionnaires, les gouvernements, la droite, la privatisation des services publics,
Les banques, les assurances, les dépassements d’honoraires, les traders, les agences immobilières, le capitalisme,
Les hyper-marchés, les extensions de garantie, AirBnB, Uber, les autoroutes, les transports en communs payants,
Les entretiens d’embauche, les RH, les objectifs de résultats, la compétition, les patrons, le medef,
Le validisme, le racisme, le sexisme, le fascisme.

La pauvreté, la faute à qui ?
C’est compliqué comme question parce que depuis toujours, on fait des différence entre les gens, au temps du Moyen âge déjà, il y avait les rois, les nobles et les villageois.
Donc cette question en amène plein d’autres :
Pourquoi certains humains veulent dominer ? Il n’y aurait pas de pauvres ni de riches, si on réunissait les ressources et on les partageait équitablement.
Pourquoi certains travaux sont plus rémunérés que d’autres ?
Et c’est quoi être pauvre ou riche ? car si demain, il y a une guerre ou une catastrophe naturelle ou une grosse crise économique et que l’euro ou même la monnaie en général ne vaut plus rien... C’est les dirigeants qui décident de la valeur de l’argent.
Pour conclure la faute à qui ? Tout simplement à l’humain, l’humain se dit l’espèce la plus développée mais parfois on n’est pas mieux que des animaux. Et l’humain est tellement compliqué....
Dernière question : pourquoi les Humains sont si différents ? Certains humains veulent être absolument au devant de la scène et veulent tout posséder quitte à écraser tous ceux qui leur feraient obstacle, alors que d’autres qui ne manquent de rien s’inquiètent pour ceux à qui il manque ce qu’il faut pour vivre, on le voit à ATD. Donc pourquoi ?

A l’heure où les pauvres sont pointés du doigt pour "abus" de prestations sociales, il faut s’interroger sur les causes de cette pauvreté.
"La misère est l’œuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire " Joseph Wresinski.
Les causes sont multiples mais toutes d’origines humaines.
Les inégalités de salaires hommes- femmes pénalisent durement les mères de familles monoparentales. Les situations de handicap limitent l’accès à l’emploi et font vivre le "parcours du combattant" aux ayants droit.
Le chômage, les emplois précaires qui conduisent à des difficultés à se loger, une précarité énergétique, alimentaire et numérique. Le racisme qui freine l’accès au logement, à l’éducation, à l’emploi.
La crise du Covid 19 qui a amplifié les inégalités en France et dans le monde.
Les conflits armés, les changements climatiques, la corruption des dirigeants poussent à des déplacements massifs d’une population souvent déjà très démunie.
La déforestation et les cultures intensives qui bloquent l’accès à la terre pour les plus pauvres.
Le capitalisme qui nourrit les inégalités et le cycle de pauvreté.
La liste est longue et loin d’être complète.
Alors que l’évasion fiscale coûte entre 80 et 100 milliards d’euros à l’état, il est préférable de s’attaquer aux prestations sociales versées aux plus pauvres, ce qui représente 34.9 milliards d’euros en 2023 pour la pauvreté et l’exclusion (identique à 2020) et 49.8 milliards d’euros pour le chômage et l’insertion professionnelle.

Alors, il est urgent de changer de regard sur la pauvreté...

Sources : ATD quart Monde, Oxfam France, INSEE

La pauvreté, la faute à qui ? Je commencerai par dire que cette question pourrait être aussi adressée aux sociologues, aux économistes, aux spécialistes de cette histoire. Eux, ils pourront nous éclairer sur cette question. Le rapport de 2024-2025 sur cette question en France est sur le site de " Observatoire des inégalités". Ce rapport nous montre les conditions de vie des personnes pauvres qui sont contraintes de dormir dehors dans le froid pendant l’hiver en France. Ce rapport va plus loin en posant la question sur les difficultés des plus modestes ?

Ensemble, on peut faire quelque chose contre ce fléau qui gangrène le monde. Merci à toutes les associations notamment ATD Quart Monde... qui militent contre ce fléau.

Messages

  • Relire l’excellent article d’Alain Faure « L’intelligence des Pauvres « paru dans l’ouvrage suivant : Démocratie et pauvreté. Du quatrième ordre au quart monde 1991. L’article est facile à trouver sur le net.
    A travers l’histoire de la pauvreté l’on voit une organisation de la charité qui jette les bases de ce qui deviendra le travail social.
    A partir d’une observation voire même d’une découverte des pauvres parfois bienveillante, souvent jugeante, méprisante, moralisatrice, les similitudes de perception sont troublantes entre le XIX siècle et notre XXI siècle. « Les pauvres seraient forcément menteurs, vicieux, ingrats. »
     » ces gens ces gens sont souvent des déplacées, des faibles, des êtres misérables, qui n’ont pas trouvé en eux l’énergie nécessaire pour vaincre les obstacles et se créer une place au soleil. L’intelligence ou la santé leur ont manqué, à moins que quelque vice ne les ait peu à peu corrompus. »
    « le pauvre est un enfant mineur pendant toute sa vie »
    Ceci est un échantillon glané dans cet article.

  • Merci Philippe pour ton illustration : le rouge de la colère, les points d’interrogation ; je lis la souffrance dans ces mains isolées, en attente de réponses.
    Pour ne pas céder au désespoir, unissons nos mains, donnons la parole à ceux qui souffrent pour qu’ils partagent leur résistance et leur combat, luttons contre les idées fausses, réfléchissons ensemble comment réussir la participation de toutes et tous, pour construire la société dont nous rêvons.

  • Merci à vous Cécile Brière , votre message me touche énormément !

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