Exclusions...

Au collège, en 3e, en sport, au handball, je me suis senti exclu car dans les équipes, on me choisissait en dernier. Et j’étais souvent sur le banc de touche. J’attendais qu’on me laisse jouer. Je ne jouais que quelques brèves minutes, et de retour sur le banc de touche. Car quand je recevais le ballon, je me pressais de m’en débarrasser, quitte à le donner à l’équipe adverse car j’avais peur d’être bousculé. Voilà pourquoi, j’étais mis à l’écart.

Voici une anecdote de vie ordinaire d’une maman solo :
Elle travaillait à mi-temps dans la restauration, la vie était difficile.
Elle avait une dette de cantine à rembourser. Elle donnait chaque mois une petite somme. Un jour, elle se rend au secrétariat de l’établissement pour remettre encore un peu d’argent. Là, elle demande combien il lui restait à payer. La personne derrière son bureau, qu’elle voyait tous les mois, la toisa et lui dit avec un petit sourire en coin : "il reste 150 euros à payer."
Elle ne comprend pas, la secrétaire lui dit que la dette est transmise au trésor public et donc que les intérêts courent.
Elle avait les larmes aux yeux, là elle s’est dit plus jamais, je ne me laisserai humilier de la sorte.
Depuis, elle est toujours sur la défensive. On ne comprend pas toujours pourquoi.
Pourtant, elle tenait bien son budget et elle mettait un point d’honneur à payer son loyer à temps, car elle avait peur de l’expulsion.
Épilogue : une assistante sociale a pris les choses en main et a fait effacer cette dette.

Ils se mirent d’accord pour s’exclure de la société, Jean et sa femme Morgane firent l’achat d’un terrain isolé dans un endroit écarté de tout voisin. Trois ans leur furent nécessaire pour parvenir à l’autarcie.
Ils avaient réussi leur pari, ils étaient libres, désormais exclus d’un monde mercantile et indigeste.
Un matin, un dimanche pour être précis, Jean décida d’aller fumer une cigarette d’eucalyptus, qu’elle ne fut pas sa surprise quand il vit l’armée, les compagnies républicaines de sécurité, les journalistes, les curieux qui observaient un immense engin probablement extra terrestre posé sur le champ situé derrière leur maison.
"Et merde" pensa-t-il intérieurement ...

J’ai connu la rue pendant 9 mois en voulant m’installer à Perpignan
Pour y trouver un logement.
J’appelais le 113 pour trouver un toit pour la nuit.
Les foyers pour SDF sont souvent malsains.
On a pas grand chose à voler mais on dort tout habillés.
On nous réveillait avant 7H, un petit déjeuner, un sandwich pour la journée
Et à 8h, on retournait à la rue jusqu’au soir 19H.
Je me suis mis à l’écart le plus possible de ces personnes.
C’est plusieurs meutes avec de la hiérarchie, difficile de s’en échapper.
Je ne faisais pas la manche, je vivais seul et errais du matin au soir
En attendant de trouver une place en CHRS.
Je sentais la misère et bien souvent les gens vous ignorent.
Je trouvais refuge dans l’unique médiathèque de la ville à l’époque.
J’y ai même dormi dans les toilettes. La rue vous épuise.
Je suis aussi tombé sur un livre : "Paroles de poilus" 14-18
Une résilience.
J’ai fini par rentrer en CHRS, trouvé du boulot et le sésame : un toit.

Je m’insurge quand des propriétaires spéculent
Et des millions de personnes sont mal logés ou SDF.

Mila est une collégienne de 4e scolarisée dans un collège un peu "chic" du centre ville. Souvent elle ne se sent pas très à l’aise avec les autres élèves.
Chaque année dans ce collège, pour les les élèves de 4e, un échange avec des jeunes d’Angleterre est organisé. Les élèves de France vont une semaine dans la famille d’un.e jeune anglais.e, et un peu plus tard dans l’année, les anglais.es viennent à leur tour dans la famille de l’élève qu’ils elles ont reçu.es.
Mila a très vite compris qu’elle en serait pas du voyage, il y a déjà le prix du voyage, mais là elle sait que ses parents se débrouilleront, mais c’est l’hébergement ... Sa famille vit dans une toute petite maison sans confort, et elle partage sa chambre avec son frère et sa sœur.
Les semaines précédentes, les préparatifs du voyage ont commencé, trois élèves dont Mila ne seront pas du voyage. C’était un peu dur de devoir se projeter dans quelque chose qu’elle ne ferait pas, pour elle cela n’avait pas de sens c’était trop dur à vivre. Elle s’est sentie mise à l’écart, et s’est aussi mise à l’écart par réaction.
La semaine du voyage, ces 3 élèves ont été réparti.es dans des classes avec des élèves plus jeunes, et Mila a vécu cette organisation comme une humiliation, c’était un peu comme si elle régressait.
Elle sentait monter en elle une colère froide face à cette injustice qu’on faisait passer pour normale.
Mila a très vite compris que l’école malgré ses promesses d’égalité creusait aussi les différences.

Après un déménagement il faut savoir comment s’adapter, or changer d’environnement ce n’est pas si simple à digérer. C’était la situation dans laquelle j’ai été emporté en classe de maternelle, la peur du regard des autres.
Entrer dans une salle de classe pour la première fois alors que d’autres le font pour la énième fois n’est pas la chose la plus simple à faire, s’ajouter dans un groupe d’inconnus du jour au lendemain est une action qui était remplie d’effroi bien que je n’avais pas le choix.

Lors de la récré j’ai passé mon temps à attendre sur un banc pendant que les autres s’amusaient tous ensemble. L’envie de vouloir rentrer chez soi le plus vite possible était bien éprouvante. On est venu me voir après quelques minutes pour m’utiliser comme passe-temps, se moquer de ma timidité, jusqu’à ce qu’un autre élève vienne les arrêter, cette personne avec qui j’ai passé le reste de mon année devint le meilleur ami dont j’aurais pu rêver. Une exclusion qui aurait dû me blesser a fini par être la meilleure chose qui me soit arrivée.

Il y a quelques années à mon entrée en 6e, j’avais l’impression de ne pas être à la hauteur des autres élèves car moi j’avais toujours des mauvaise notes surtout en français.
J’étais devenue la risée de la classe.
Et petit à petit on ne me parlait plus et on ne me regardait même pas. A force je me suis mise toute seule dans mon coin.
Voilà la première fois où je me suis sentie exclue.
À force de persévérance je savais que j’avais d’autres atouts dans ma manche et je me suis servie de mes connaissances pour avancer et me sortir de cette exclusion. Mais j’ai mis du temps et toute ma scolarité au collège a été difficile.
Cet atout je l’utilise au quotidien pour ne pas revivre une telle exclusion.

En vacances dans les Alpilles et aimant mêler culture et nature, nous nous rendons sur les conseils d’une amie aux Carrières de lumière aux Baux de Provence.
Exposition Chagall, que du plaisir !
Mais voilà les carrières de lumière sont un "centre d’art numérique projetant des expositions immersives".
Pas de problèmes nous sommes ouverts aux nouvelles technologies, n’est-ce pas ?
Nous rentrons et là, c’est une féerie. Les tableaux sont partout, du sol au plafond, on se perd dans cet univers, ça bouge, ça ondule ça secoue. Je suis fascinée et j’en oublie mon ami, qui assis sur le sol est emporté par des vigiles vers l’extérieur. Il est blanc, complètement désorienté. Il me dit simplement :" Tu vois, on ne peut être comme tout un chacun quand on est malvoyant, là mon cerveau ne sait plus..." Être handicapé c’est être un peu exclu car tout ce qui parait simple demande un effort parfois en dehors du possible.

Le mot exclusion, je ne peux plus l’entendre, je suis exclue de l’emploi. Je me sens inutile dans ma société. On ne sait même pas ce que je vaux à France travail et les employeurs ne le savent pas non plus. Même si j’ai mon handicap, je sais faire plein de choses et je suis capable. Faites-moi confiance sans me faire plein d’examens et m’envoyer dans des établissements de soins, ça donne le manque d’estime tout ça et je perds le moral des fois. Ma parole est importante et je me sens exclue car ma parole n’est pas entendue.

Lors de mes premières années de collège j’étais scolarisé dans un collège privé avec une réputation d’être un collège de "bourgeois". Venant d’une famille modeste je ne possédais pas les derniers habits de marque ou le dernier téléphone en date, ce qui me valait des moqueries mais aussi d’être exclu des groupes, ce qui était un frein pour me sociabiliser, moi qui était très introverti. Du coup je me retrouvais souvent avec mon frère qui était scolarisé avec moi .

On est vendredi soir,
Magali rentre du collège et s’enferme dans sa chambre.
Pour elle, le week-end, c’est une libération. Avant, en primaire, c’était son moment préféré. Elle retrouvait ses copines pour jouer, chez l’une ou chez l’autre. Maintenant, elles ne se parlent plus vraiment. Soi disant elle ferait trop gamine. Mais le pire, c’est les garçons. Les insultes résonnent encore dans son crâne, et ses côtes sont encore endolories.
Alors entre deux crises de larmes, elle lit pour oublier. Elle se plonge dans des histoires d’héroïnes glorieuses, et de guerrières invincibles ; et dans 10 ans, quand elle regardera ce qu’elle a parcouru, elle se rendra compte que c’est elle qui est invincible.

Cela m’arrive de me sentir à l’écart dans un groupe, quand quelqu’un monopolise la parole ou utilise des mots que je ne comprends pas....
Je me mets à l’écart quand le sujet ne m’intéresse pas, exemple au travail quand certains collègues parlent de foot.
Et je me souviens d’un moment plus précis.
Lors d’un forum sur les usages du numérique, on pouvait proposer un sujet pour faire des ateliers libres et débattre ensuite. J’ai proposé un sujet qui avait été validé. Je suis ensuite allée dans une salle, les personnes intéressées par le sujet et une personne de l’organisation sont venues. Nous avons commencé à débattre et quelqu’un a pris la parole, a monopolisé l’attention et a modifié mon idée, elle est partie sur autre chose, au début j’ai essayé de dire que c’était pas cela mon idée, j’ai eu le sentiment que mon sujet n’avait pas été compris et je me suis sentie exclue. Les autres personnes trouvaient le débat de la personne intéressant donc elles ont continué à parler sur le nouveau sujet sans prendre en compte mon avis. Et à ce moment-là c’est moi qui me suis mise à l’écart et je suis partie, car le nouveau sujet ne m’intéressait pas et que de toutes façons on ne tenait pas compte de mon avis.

Quand j’ai connu Josée, c’était une personne enjouée, tournée vers les autres, aimable avec chacun et chacune et appréciée de son entourage. Mais il faut beaucoup de belles rencontres pour en arriver là...
En effet, m’a-t-elle confié petit à petit, depuis son enfance, elle s’était sentie rejetée par son
entourage.
Ayant développé une extrême timidité très handicapante, Josée s’était ainsi exclue du monde de l’école, elle était devenue invisible aux élèves et même aux enseignants. Les études dans lesquelles elle s’était réfugiée ne l’avaient pas empêchée de sombrer dans une dépression profonde.
Hospitalisée, une aide soignante l’avait entourée de soins maternels qui, de mois en mois, avaient percé cette carapace, et la parole de Josée s’était peu à peu libérée. L’écoute, la mise en confiance, l’avait enfin sortie de cette exclusion où elle s’était enfermée.
L’aide soignante faisait partie du mouvement ATD Quart-Monde et avait conduit Josée à des réunions de formation où elle avait découvert ce qu’est l’exclusion terrible de tout un peuple vivant dans la pauvreté et les discriminations ainsi que la lutte quotidienne.
Elle avait compris qu’il ne faut pas rester seule mais s’unir pour lutter tous et toutes ensemble
C’est là que je l’ai rencontrée, un 17 octobre.

Aujourd’hui je me suis perdu,
A l’aventure, au coin de la rue,
Bien sûr, ces humains inconnus,
M’ont souhaité la bienvenue.

Devant moi, trois groupes discutaient à bâtons rompus.

Les premiers parlaient de livres que je n’avais pas lus,
Alors je me suis exclu.
Les suivants encensaient des films que je n’avais pas vus,
Alors je me suis exclu.
Les derniers débattaient d’idées que je n’avais pas eues,
Alors je me suis exclu.

Je suis rentré chez moi un peu déçu,
Même quand on nous souhaite la bienvenue,
Rien ne garantit qu’on sera bien inclus.

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