Correspondances à travers le temps

Crédit photo : John Taylor — Official gallery link Domaine public
Crédit photo : PD-Art Domaine Public

Cher William,

Tu es sans doute l’écrivain le plus connu à travers le monde. Tes pièces ont été traduites dans toutes les langues. Tes personnages ont traversé les siècles, bouleversé, fait pleurer ou rire des générations et générations. L’amour, c’est toi. La trahison, c’est toi. La violence, c’est toi. La jalousie, c’est toi. La folie, c’est toi. Tu es même l’auteur de la réplique la plus célèbre de tous les temps...

Pourtant ton identité est un mystère, à tel point qu’aujourd’hui, on n’a plus trop de doutes : tu n’es très probablement pas celui que l’on a cru que tu étais. Tu serais peut-être même..... une femme. Youpee ! Trop contente !

Alors, de toi à moi, tu peux bien passer aux aveux. Depuis le temps, il y a prescription sur la supercherie.

Allez, dis-le moi ! Qui es-tu ? Willy ou Mary ? Shakespeare ou Sidney ?

De toute façon, to be or not to be, c’est toi le génie !

Crédit photo : J.M. Lopez — Source inconnue - Domaine public

Lettre à Louise Michel

Chère Louise,

Je t’écris cette lettre pour te parler d’Internet,
C’est une sorte de grand forum ouvert,
Où tout le monde parle à tout le monde.
Bien-sûr les dominants essaient de le contrôler,
Mais c’est plus difficile que dans la vrai vie,
Parce que sur internet ils ne peuvent pas nous fusiller,
Ça reste un espace de liberté où on peut parler,
Du coup on essaie d’y organiser la révolution,
C’est long mais on ne perd pas espoir,
Bientôt le grand soir...

En attente de ta réponse, je te joins ma clef pgp au cas où tu voudrais me répondre par mail.

A bientôt

Crédit photo : Photo d’identité. Source : Sacem (France)

Cher Daniel, tu as perdu la vie dans un accident d’hélicoptère il y a quelques années.
Comme tu peux le constater de là où tu es la France est malade.
Tes chansons ont inspiré ma vie, comme le titre de tes chansons, "Mon fils ma bataille", "Tous les cris des SOS" et bien d’autres.
Ces chansons sont un combat de tous les jours pour les personnes les plus précaires.
Les "cris des SOS", sont comme une bouteille jetée à la mer car personne n’écoute et tous ces cris s’échouent sur des rochers que rien ne retient.
Je retiens encore de toi ta prise de parole face à François Mitterrand, tu disais que la jeunesse se meurt.
Aujourd’hui notre jeunesse est encore plus démunie qu’autrefois.
Je regrette que tu ne sois plus là, tes textes avaient du sens à mes yeux.
Quelle personnalité, cher Daniel Balavoine, pourrait prendre ta succession ? je n’en vois aucune.

Crédit photo : Pic, Roger — Bibliothèque nationale de France- Domaine public

Roger Carel,

Tu le sais mieux que personne, la voix d’un personnage peut marquer toute une génération. Voire plusieurs ! Et c’est d’autant plus le cas quand cette voix est donnée à un personnage adulé des enfants. Hé bien Roger, j’étais un de ces enfants.

Découvrir une œuvre et y reconnaître ta voix, c’était (et c’est encore) une surprise tellement agréable. Pour moi, tu resteras toujours Astérix, C3PO, Winnie l’Ourson, Alf, Hercule Poirot ou encore la souris Bernard dans "Bernard et Bianca".

Les différentes interviews que tu as données nous montrent bien à quel point tu aimais ce métier de comédien, et toute l’estime que tu avais pour le doublage, à une époque où c’était vu comme une activité de seconde zone. Tu avais 40 ans d’avance sur tout le monde.

Alors, tes petites cellules grises sont maintenant éteintes, mais tu continues de vivre à travers tes personnages, et de donner la banane à des milliers de personnes qui t’écoutent tous les jours, peut-être même sans s’en rendre compte.

Merci Roger Carel.

Crédit photo : Rob Croes CC0

Cher Tonton,
C’est ton surnom
Cela fait 30 ans que tu nous a quittés.
Le 10 mai 1981, j’ai dit à ma mère de voter pour toi car tu ressemblais un peu à Tino Rossi de tête. Je ne connaissais pas en 1981, les partis politiques mais ta ressemblance avec ce chanteur corse m’était suffisante pour voter pour toi, Tonton. En 1981, je n’avais pas l’âge pour voter. Ni en 1988, où tu as été réélu. Entre les 2 mandats, j’ai appris que tu étais de gauche et que la gauche était dite pour les plus pauvres et la droite pour les plus riches.
C’était peut-être une vision un peu simpliste.
Et bien Tonton, j’aimerais que tu puisses revenir sur Terre, en ayant 60 ans environ car Tino Rossi chantait "La vie commence à 60 ans". Si tu pouvais redevenir Président de la République à notre époque, je crois que tu trouverais des solutions pour sauver l’environnement, lutter contre la pauvreté et la folie humaine de certains dirigeants dictateurs. Tonton, je crois que tu es tout à fait capable de prendre de bonnes décisions. L’idée de "territoire zéro chômeur de longue durée", dans le programme de Brest Insoumise, j’aimerais qu’elle soit dans ton programme. Ce serait une bonne idée.
On a besoin aujourd’hui d’un Président comme toi pour gouverner notre pays. Tout me dit que tu pourrais être à la hauteur mais voilà tu ne peux revenir.
Dommage.
Cher Tonton François Mitterrand, je garde un bon souvenir de toi.
Merci d’avoir existé.
Fraternellement,

Crédit photo : Roland Godefroy — Travail personnel CC BY 3.0

Lettre à sa majesté Pierre Desproges.

Mon altesse, mon vénéré et mentor Pierre.

Un immense merci et bravo pour tes livres, textes et spectacles.
Tu es un grand écrivain et un comédien hors-normes.
J’ai lu, quasiment tous tes livres et vu tes spectacles.
Je n’ai jamais autant ri.
Je continuerai à te relire toute ma vie.
J’aime l’humour noir mais le tien c’est de la poésie.
Un régal, une résilience.
Vive toi, vive le roi.

Aujourd’hui, on se marre pas beaucoup
Une drôle d’époque où tu serais tricard ; comme bien d’autres...

Tu disais : on peut rire de tout mais pas avec tout le monde.
Vive l’autodérision, ton humour,
Tu as tout mon amour.

Crédit photo : Mariusz Kubik — Travail personnel CC BY 3.0

Cher Charles Aznavour,
C’est avec une grande euphorie que je t’adresse cette lettre pour te dire que c’est un sentiment de bonheur et de mélancolie qui m’animent lorsque j’écoute certains vers de tes chansons. Par exemple le chant intitulé « La Bohême ». Ce chant je n’arrive pas à assimiler certaines de ces lignes. J’avoue tes chansons et tes textes sont jolis.
Figure-toi, j’avais pris mon billet pour venir te voir à Mouriès dans le département des Bouches-du-Rhône pour qu’on en parle. C’est là que tu es parti pour un voyage éternel.
Aujourd’hui, cela fait 8 ans jour pour jour que tu nous as quittés sur cette terre. Je profite de cette date spéciale pour toi pour t’adresser quelques mots.

Charles, dans la « Bohême », tu dis : « Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ». Moi, le début de cette première strophe me pose un souci. Tu parles de quel temps ? Lorsque j’ai écouté ce chant pour la première fois, je n’avais pas vingt ans. Aujourd’hui, je dépasse cet âge mais mon gros souci est que je n’arrive toujours pas à connaître ce temps dont tu parles.
Dans la deuxième strophe de la même chanson, tu dis : « Nous ne mangions qu’un jour sur deux » , tu veux dire que vous jeûniez parfois ?
A la suite de cette strophe, tu dis : « Dans les cafés voisins nous étions quelques uns qui attendions la gloire et bien que miséreux avec le ventre creux nous ne cessions d’y croire. » Comment pourrions-nous attendre la gloire avec un sentiment de misère et en ayant le ventre creux . Après tout ça, vous ne cessiez de croire à quoi ?
Dans la troisième strophe, tu dis :« Et nous avions tous du génie », de quel génie tu parles ? »
Toujours dans la troisième strophe, tu dis que souvent il t’arrivait devant ton chevalet de passer des nuits blanches retouchant le dessin de la ligne d’un sein du galbe d’une hanche. Charles, est-ce à dire que tu n’avais pas de sommeil ? C’est pour cela que tu passais ces nuits blanches ?
Dans la même strophe, tu dis encore : « Et ce n’est qu’au matin qu’on s’asseyait enfin devant un café-crème. Épuisés mais ravis, fallait-il que l’on s’aime et qu’on aime la vie ». Je voudrais te dire merci pour ce vers, car, à travers ce vers tu me montres une leçon de simplicité, de reconnaissance que la vie m’offre.
Dans la quatrième strophe, tu dis : « Je m’en vais faire un tour à mon ancienne adresse je ne reconnais plus, ni les murs, ni les rues qui ont vu ma jeunesse - Dans son nouveau décor Montmartre semble triste et les lilas sont morts ». Tu parles de quelle adresse ? Figure-toi je passe de temps en temps à Montmartre en cherchant cette adresse dont tu parles.
Et pour finir Charles, pourquoi le titre « La Bohême » ?

Charles, Merci beaucoup pour cette chanson que tu as composée et chantée avec plein d’émotions. Sortie en 1965, elle est devenue aujourd’hui « un tube », mes ami.e.s et moi, nous l’écoutons lorsque nous nous retrouvons pour partager nos peines, nos soucis, nos joies.

Crédit photo : Barbara Niggl Radloff - CC-BY-SA

Chère Hannah Arendt,
vous nous manquez, vos réflexions nous manquent, elles sont tellement d’actualité !

Vous disiez que le racisme, le fascisme (on pourrait ajouter aujourd’hui le masculinisme par exemple) divisent les gens en ennemis pour détruire les droits humains. Vous expliquiez que cela vient d’une société malmenée, avec des gens qui s’isolent, qui sont désorientés et qui se raccrochent à des idées qui accusent des minorités. ON Y EST.

La "banalité du mal" qui est votre écrit le plus célèbre, c’était en 1963, décrit comment des gens ordinaires commettent disent écrivent des horreurs par obéissance par absence de réflexion. ON Y EST.

Et oui Chère Hannah, aujourd’hui on constate que ce "mal banal" vient du manque de pensée critique et peut donc se reproduire partout si on n’y prend pas garde.

Merci Chère Hannah pour vos écrits qui nous invitent à être vigilant.es et insistent sur l’importance de penser par soi-même dans la société pour résister.
Vos propos sont encore aujourd’hui éclairants et motivants pour faire face au racisme, aux discours fascisants, au masculinisme ... et à tout ce qui attise la haine de l’autre basée sur la domination.

Vous pouvez compter sur nous pour résister.

Une personne "ordinaire"

Crédit photo : Photographe inconnu - Domaine public

Cher M. Turing,
Je tenais ici à vous faire part de mon admiration pour votre travail et contribution à la science.
En trouvant la solution pour décoder Enigma, vous avez réduit la durée de la seconde guerre mondiale et de ce fait épargné un nombre considérable de vies humaines. En prime vous avez ouvert la voie à de nombreux progrès de l’informatique.
Mais vous avez été traité comme un vulgaire criminel à cause de votre homosexualité, contraint de choisir entre la prison et la castration chimique, cette dernière option vous a été fatale provoquant chez vous une dépression qui vous mena au suicide.
Sachez que vos compatriotes vous ont fait des excuses publiques en 2009, mis votre visage sur un billet de banque et même créé une loi portant votre nom qui décriminalise rétrospectivement l’ homosexualité.
Mais je pense que cela doit vous faire une belle jambe de le savoir maintenant.
Qu’un génie tel que vous meurt à 41 ans c’est désolant, qui sait ce que vous auriez pu apporter à la science si on vous avez foutu la paix .
Avec toute ma considération, merci encore M. Turing.

Crédit photo : CC-BY-SA/3.0

Cher Jacques Villeret

Je vous écris cette lettre, car vous étiez un acteur que j’ai beaucoup aimé. A l’annonce de votre mort, j’avais 15 ans, j’ai été triste et déçue, car j’ai compris qu’il n’y aurait plus de film avec vous. Vous étiez la première personne célèbre qui, quand j’ai appris votre décès, m’a fait quelque chose.

Les films qui m’ont le plus marquée sont : La soupe au choux , Le dîner de cons et Un crime au Paradis. J’aimais votre façon de jouer, les personnages que vous incarniez à la fois naïf, gentil et drôle.

Je ne sais pas si vous recevez le courrier au Paradis, mais je voulais vous dire que vos films et votre façon de jouer m’ont touchée. J’aurais bien voulu en voir davantage. Et vous dire simplement merci et Bravo pour la trace que vous avez laissée sur terre et dans la mémoire des gens !

Une spectatrice !

Crédit photo : Darafsh — Travail personnel CC BY-SA 4.0

Chère Mahsa,
Tu es partie trop tôt. Il n’est pas normal qu’au 21ème siècle, une femme n’ait pas les mêmes droits qu’un homme et ne soit pas considérée comme un être à part entière.
Dans l’histoire de l’humanité beaucoup de femmes ont combattu contre des habitudes dictées par des hommes pour les empêcher de vivre en liberté : la circoncision des petites filles, le port du voile, le mariage de mineures à de vieux hommes...
Je me suis un peu intéressée à ton histoire, tu n’étais pas une jeune fille provocatrice, on t’a obligée à changer de nom, parce que le régime iranien interdisait les prénoms kurdes, tu t’appelais Jina.
Tu étais en vacances à Téhéran avec ton frère et des membres de ta famille, tu t’apprêtais à suivre des études universitaires dans une province éloignée de la capitale iranienne.
À 22 ans, on t’a ôté la vie pour n’avoir pas baissé les yeux et avoir osé répondre aux provocations et insultes des policiers.
Tu vivais loin de l’agitation et des problèmes politiques et religieux des dirigeants de ton pays.
Tu es devenue le symbole d’un combat courageux de femmes iraniennes contre l’oppression patriarcale et politique. Ton nom a résonné bien au-delà des frontières de l’Iran. Tu incarnes aujourd’hui le cri de millions de femmes privées de liberté, de dignité et de droits fondamentaux, dans une région où être femme revient souvent à être réduite au silence.
Malheureusement, tu es l’exemple de ce que l’homme peut faire de plus innommable au nom d’une idéologie et de pouvoir.
Ton décès a déclenché le mouvement "Femme, vie, liberté" dans tout le pays. Bien sûr, les pouvoirs publics iraniens ont réagi comme toujours par la répression, des arrestations arbitraires et même des actes de torture.
Au vu des événements actuels, j’espère que le peuple iranien pourra enfin vivre libre de toute contrainte et loin des fanatiques religieux.
Il reste encore beaucoup à faire. Le chemin vers la liberté va être long et il faudra beaucoup de courage aux femmes et hommes de ton pays.
Il faut garder espoir, le chaos et la barbarie ne peuvent pas et ne doivent pas gagner.

Crédit photo : European Parliament Multimedia Centre

Monsieur Robert Badinter,

Je vous écris dans la lumière où vous êtes depuis votre décès le 9 février 2024 à l’âge de 96 ans.
J’espère que cette lumière enveloppe aussi les personnes qui me sont le plus chères, disparues depuis toutes ces années et encore aujourd’hui.

Et vous étiez en accord avec Pierre Mendès-France que j’ai admiré dès l’école primaire.

J’ai été marquée par la loi de l’abolition de la peine de mort le 9 octobre 1981, je venais d’avoir
34 ans et je me disputais avec une jeune stagiaire qui était farouchement contre cette loi tandis que, portée par l’élection de François Mitterrand, candidat socialiste, à la Présidence de la République, j’étais en accord avec ce projet, mais ne savais pas le défendre comme la valeur de toute vie.

Aujourd’hui, l’antisémitisme sévit plus que jamais encouragé par un parti politique extrémiste. Je me demande quelle serait votre action, vous dont le père est décédé en déportation. Sans doute avez-vous réagi vos dernières années, mais fatiguée, je n’ai pas suivi votre démarche.

Et toutes ces guerres voulues par des tyrans de tous bords !
Tous ces enfants, leurs familles qui ne demandaient qu’à vivre dans la paix et qui se voient
décimé-es, assassiné-es par ces tyrans.
Qui pourrait leur rendre la raison sinon des personnes comme vous, entourées par toutes les bonnes volontés et qui ne désespèrent pas encore…

Mais pour l’instant, restons dans le quotidien de nos jours, vivant des amitiés indélébiles, uni-es dans nos engagements contre la pauvreté avec ATD Quart-Monde et pour la JUSTICE, que vous avez toujours défendue avec ténacité.

Une alliée

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