Anthologie poétique de l’atelier Lirécrire

Nous sommes toutes et tous porteuses, porteurs de poésie.
La poésie n’exclut personne, elle rassemble.

L’oiseau ne demande pas la permission de chanter,
il chante.
Le vent ne demande pas la permission de passer,
il passe.
Les nuages ne demandent pas la permission de voyager,
ils voyagent.
L’herbe ne demande pas la permission de pousser,
elle pousse.
La fleur ne demande pas la permission de s’épanouir,
elle s’épanouit.
Le soleil ne demande pas la permission de briller,
il brille.
Comme la lune ne demande pas la permission de briller, elle aussi,
elle brille.

Mes premiers souvenirs avec la poésie remontent à l’école primaire, ce sont les récitations à apprendre par cœur.
A l’époque, je ne comprenais pas vraiment ce que je récitais. C’était pour moi une suite de mots magnifiques, certes poétiques mais dénués de sens pour l’enfant de 8-9 ans que j’étais.
Je me souviens encore de l’angoisse au moment de tirer au sort les petits papiers pliés avec les titres des poèmes. J’espérais sortir le nom de la poésie que je connaissais le mieux. Parmi eux, il y avait des poèmes de Guy de Maupassant, d’Edmond Rostand ou encore de Jean de la Fontaine.
En grandissant, j’ai appris à aimer la poésie autrement. j’ai appris à l’écouter et à en comprendre le sens, le mécanisme et la subtilité des mots.
Certains professeurs ont pris le temps de décortiquer ces poèmes, d’expliquer le sens des mots, la beauté du rythme, la nostalgie et les souvenirs qu’éveillent les vers.
C’est ainsi que j’ai découvert "Le Dormeur du val" d’Arthur Rimbaud, "Le petit cheval" de Georges Brassens (qui est en réalité un poème de Paul Fort) ou encore les poèmes de Victor Hugo très touchants et porteurs de messages puissants. J’ai aussi été marquée par François Villon et sa "Ballade des pendus" où il exprime avec une intensité rare et sa sensibilité et ses angoisses face à la mort.
En conclusion, j’ai compris qu’on apprend mieux et qu’on aime véritablement ce que l’on comprend.

Lorsque je pense poésie, quelques noms me viennent en tête, plus jeune j’ai découvert les surréalistes et je suis tombé en amour de Jules Supervielle et de ses recueils notamment " La fable du monde " et " L’enfant de la haute mer ", j’ai toujours trouvé son poème " Mathématiques " absolument superbe.
Plus tard, dans mon adolescence, j’ai découvert Lautréamont et ses fameux "Chants de Maldoror ".
Mais pour moi le plus beau de tous les textes poétiques restera à jamais "Le corbeau" d’Alan Edgar Poe.
Traduit par Baudelaire, tant qu’à faire. Je me retrouve beaucoup dans ce personnage qui seul, confronté à ce volatile qui vient lui dire " jamais plus ", comme beaucoup, moi aussi j’ai ma Lénore perdue .

Au tout début, les gens d’ATD-Quart-Monde et ceux de Ponta Partage participèrent ensemble à un atelier arts plastiques au local du Secours Catholique. Nous avons créé 2 vastes peintures. Une avec un seul arbre et l’autre avec 2 arbres. On m’a, alors, demandé de créer un poème sur un arbre pour l’expo au Centre Socioculturel Horizons en 2017. Il parle d’un arbre solitaire qui veut retrouver ses congénères. Il s’ennuie seul, isolé comme beaucoup de gens qui souffrent de l’isolement et de la solitude. Et voici pour vous le poème : ARBRE

J’aimerais retrouver mes congénères
Avoir un pote, un ami, un frère
Se dit l’arbre déprimé et amer
Planté depuis bien longtemps dans la terre.

Seul, isolé, oublié mais vivant
Prenant source dans un petit torrent
Le parfum de cet arbre se répand
Avec la complicité du vent.

Le soleil se couche et nous pouvons voir
Un magnifique spectacle ce soir
Des couleurs flamboyantes dans le ciel
Et l’arbre se sent pousser des ailes.

Va-t-il migrer vers une autre terre
Pour retrouver ses congénères
Ses potes, ses amis, ses frères
Pour ne plus vivre en solitaire ?

Nous pouvons dire que c’est passionnant
L’histoire d’un arbre au soleil couchant
Et ses branches qui au souffle du vent
Murmurent quelque chose de fascinant :

Un appel à la vie tout simplement !

Autant que je m’en souvienne la poésie était ma matière préférée. J’avais souvent jusqu’à 16 sur 20, par contre, quand il s’agissait d’en écrire c’était une autre paire de manches.
J’avais des capacités à retenir beaucoup de choses. J’entendais une poésie une fois, et je la savais. Et en plus je mettais aussi le ton pour réciter, je vivais les textes.

Combien de poèmes ai-je appris à l’école ? Des dizaines probablement. Presque tous ont été recouverts par le temps. Pourtant quelques-uns ont résisté à l’usure et sont toujours là. Un texte d’Apollinaire qui parle d’une petite fille peignant "un ciel triste et jamais azuré", un texte de Rimbaud décrivant des enfants affamés, blottis "au souffle du soupirail rouge" regardant un boulanger faire du pain...

Rimbaud, je l’ai retrouvé plus tard. Un de ses textes me bouleverse particulièrement, sans que je puisse expliquer pourquoi. Mais je pense que c’est cela que j’aime le plus dans la poésie, c’est quand je ne sais pas pourquoi elle m’emporte au loin, et me laisse démunie, comme un enfant.

"Royauté"

Un beau matin, chez un peuple fort doux, un homme et une femme superbes criaient sur la place publique. « Mes amis, je veux qu’elle soit reine ! » « Je veux être reine ! » Elle riait et tremblait. Il parlait aux amis de révélation, d’épreuve terminée. Ils se pâmaient l’un contre l’autre.

En effet ils furent rois toute une matinée où les tentures carminées se relevèrent sur les maisons, et toute l’après-midi, où ils s’avancèrent du côté des jardins de palmes.

L’albatros de Baudelaire est le poème qui me vient spontanément.
Pourquoi ?
Je n’en avais aucune idée, et en réfléchissant, je me suis rendue compte que ce poème était, avait été, est important pour moi.
On l’avait étudié à l’école, quand j’étais en 4e je crois. Je me souviens avoir fait des recherches sur les albatros (bibliothèque, dictionnaire, encyclopédie).
Pourquoi cette importance ?
En le relisant, aujourd’hui, avec le recul c’est presque une évidence.
J’avais probablement ressenti une proximité avec cet albatros. Je vivais mal l’école, j’étais décalée, pas le même âge que les autres, pas le même milieu social ...
Et en dehors tout allait si bien !

Voici les trois premières strophes :

Souvent, pour s’amuser les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

...

Si j’étais de mauvaise foi, je dirais que la poésie, je m’en fiche un petit peu. Enfin, en vrai, je dis ça juste parce que je n’ai pas pris le temps de m’y intéresser. Et puis, si je prenais un peu de recul, je me rendrais bien compte que toutes les chansons que j’écoute au casque, pour faire passer les trajets en transports en commun plus rapidement, c’est de la poésie.
Mais je ne vais pas parler du lyrisme de "The Cadillac Theory" de Stupeflip, mais plutôt d’un souvenir de récitation à l’école primaire.

Je devais être en CM1, ou CM2. Nous étions en excursion à la médiathèque du village, installés en cercle autour d’une tablée. J’étais installé à côté de notre instituteur, Patrice, qui était (et est toujours) un blagueur invétéré. Est alors venu mon tour de réciter une poésie - je ne me rappelle même plus laquelle. Voyant que je la connaissais parfaitement bien, et pour me déstabiliser, Patrice s’est mis à chuchoter, à chaque fin de vers, une blague du style "poils aux ___"

Ça donnait quelque chose du style :
" Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.

 Poils aux dents !"

Et ça, À CHAQUE VERS !

Forcément, j’ai fini par exploser de rire. Je ne suis même pas sûr d’avoir réussi à terminer cette récitation. Mais au moins, j’ai passé un moment hilarant, et gravé un souvenir, toujours intact.

La poésie ?
J’ai jamais été doué...
Une maladie ?
On m’l’a pas diagnostiquée.
Mais les jeux d’mots
Ça j’aime bien et j’peux en faire !
C’est p’t’être idiot,
Bah, j’assume de quoi j’ai l’air.
Vous en faites pas
Si j’viens pas tous les jeudis
Ça m’vient comme ça
En tête alors je l’écris,
C’est pas beaucoup
Mais là il est déjà tard
Et j’pense à vous
J’ai hâte de rev’nir vous voir !

La poésie représente pour moi l’école, où on devait en retenir par cœur, je n’aimais pas cela. J’oubliais aussitôt ! Enfant la poésie, je ne m’y intéressais pas. Et puis maintenant, ma fille apprend des poésies en chinois ou anglais, je trouve cela plus intéressant et joli !

Si nous parlions un peu de poésie ?
Je ne sais pourquoi, un vers d’un poème d’autrefois m’est venu tout de suite en tête :
"Ta douleur, Du Périer, sera donc éternelle ? "
Ce n’est pourtant pas quelque chose de gai puisque au début du 17ème siècle, Malherbe écrit un long poème à son ami M. du Périer qui a perdu sa fille de 5 ans et ne s’en console pas.
En relisant ce poème, je retrouve cet autre vers :
"et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ".
La perte d’un enfant est infiniment triste, de même que celle de personnes aimées.
Mais pourquoi le premier vers m’est-il resté dans l’esprit ?
Je crois qu’il était récité à l’époque lointaine du collège sur un ton chantant mais mélancolique, je l’entends ainsi dans ma tête et même quand je le parle encore aujourd’hui, il ressemble à un air que j’aime.
Une chanson de Françoise Hardy évoquant une rose et la vie qui part, est aussi comme une poésie
chantée :
"On est bien peu de chose,
et mon amie la rose me l’a dit ce matin ".
Elle s’est peut être inspirée de Malherbe ou peut-être encore de Ronsard ?

La rose, symbolisant ici les circonstances douloureuses de la mort de nos proches, la ferait-elle paraître plus acceptable, ou plutôt serait-elle déjà une consolation ?

"Le cœur riant"

Ta vie c’est ta vie
Ne la laisse pas prendre des coups
Dans une moite soumission,
Guette.

Il y a des issues.
Il y a une lumière quelque part
Ce n’est peut-être pas beaucoup de lumière
Mais elle brise les ténèbres.

Guette.

Les dieux t’offriront des chances
Connais-les, prends-les.

Tu ne peux pas battre la mort mais
Tu peux battre la mort en vie, parfois.

Et plus tu apprendras à le faire
Plus il y aura de lumières.

Ta vie c’est ta vie
Sache le pendant qu’elle t’appartient.

Tu es merveilleux
Les Dieux attendent de se réjouir en toi.

Bukowski

Il m’a accompagné et continuera. C’est mon mentor.

Un peu de poésie,
Dans ce monde pourri.

C’est peut-être la meilleure façon,
De transformer l’ennui en folie.
Prendre le temps d’ignorer les leçons,
Trouver comment se perdre dans l’oubli,
Pour enfin profiter de la vie.

Rêver d’un monde meilleur,
Sans nazi et sans conflit,
Nul besoin de partir ailleurs,
Si ici, on mélange les mots et l’esprit.
Pour enfin la coucher par écrit,
Et la partager avec nos amis.

La poésie est un ensemble de vers qui sert à magnifier quelque chose qui nous a particulièrement touché.
Je suis emporté par la manière dont les vers s’alignent et aussi avec laquelle on les lit.
Dans « Le lièvre et la tortue » de Jean de la Fontaine.
« Le lièvre n’avait que quatre pas à faire,
Il entend de ceux qu’il fait lorsque prêt d’être atteint
Il s’éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je du temps de rester pour brouter.
Pour dormir et pour écouter.
D’où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de sénateur
Elle part, elle s’évertue.
Elle se hâte avec lenteur
Lui cependant méprise une telle victoire.
Tient la gageure à peu de gloire.
Croit qu’il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose
Il s’amuse à toute autre chose.
Qu’à la gageure. A la fin, quand il vit que l’autre touchait presque au bout de la carrière.
Il partit comme un trait, mais les élans qu’il fit furent vains : La tortue arriva la première. »

Eh ! Bien Trop tard Monsieur le lièvre, même avec votre allure de trait, vous ne pourrez rien faire.
Le lièvre réplique : Comment avez-vous fait pour gagner cette course ? Pourtant, les sondages me donnent largement la victoire sur cette course.
Et la tortue dit : « Monsieur le lièvre, rien ne sert de courir, il faut partir à point. »
En révélant ce secret à Monsieur le lièvre, la tortue et le lièvre sont devenus des amis.
Aujourd’hui, ils font beaucoup d’activités ensemble. Ils ont même organisé une course très prochainement. Il ne faut surtout pas manquer cette course.

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