Journal des confiné.es : semaine 5 / Lettres

1 | (actualisé le ) par Angèle, Clarisse, Fatima, Françoise, Guy, Monique , Pascalle, Patrick, Sadjidati, Sandrine, Sébastien, Valérie

Chers confinés
Comme vous savez on a pris encore un mois de confinement.
En ce moment difficile je pense à ma famille loin de moi et même temps si près.
Je ne sais plus quoi faire pour mon garçon de 7 ans car il ne veut pas écrire, lire et compter ça va. Quoi mettre en place pour qu’il y arrive ? le problème c est qu’on nous oblige à rester à la maison, nous n’avons plus de contacts avec les spécialistes (orthophoniste, pédopsychiatre ...) qui ont les capacités pour l’aider. C’est dur aussi pour les personnes qui n’ont pas imprimante pour suivre les cours à distance.
J’espère que pour vous ça va, tenons bon ensemble, et surtout ne laissons personne de côté pendant ces moments difficiles !

Chère Maryvonne,
J’ai croisé ta maman ce matin : nous faisions la (longue ! ) queue pour entrer au supermarché (une personne sort, une autre peut entrer), et, tout en respectant les distances prescrites, nous avons pu échanger quelques mots. Ta maman m’a donc parlé de ta vie actuelle d’aide soignante à l’hôpital, de tes journées harassantes en salle de réanimation . . . Elle m’a dit aussi la joie profonde que te procure, malgré tout, le fait d’aider des gens en grande difficulté, loin de leurs familles, de les rassurer, de les accompagner vers souvent un mieux, et aussi, malheureusement parfois, un décès . . .
Alors, bien des souvenirs me sont revenus ! J’ai revu dans ma tête une petite Maryvonne de 7, 8 ans qui venait régulièrement, le samedi, découvrir des livres et regarder des images à la bibliothèque de rue. Tu aimais beaucoup les livres, je crois ! Mais pas que les livres. Je me souviens aussi d’une autre petite fille, plus jeune que toi (4, 5 ans peut-être) qui regardait de loin le groupe sans oser s’approcher. Alors, au lieu d’aller la chercher et de l’amener de force, ce qui l’aurait fâchée et fait pleurer ou fuir, sans doute, tu es allée près d’elle, en apportant un livre. Et toutes les deux vous vous êtes mises à regarder ce livre, et je vous entendais rire ! Tu avais su trouver, instinctivement, le geste qui convenait. Cette petite scène s’est reproduite plusieurs samedis, et puis, un jour, vous êtes arrivées toutes les deux ensemble et tu m’as dit tout bas : « Maintenant, elle n’a plus peur ! »
Je suis sûre, Maryvonne, qu’aujourd’hui encore, tu sais trouver la parole, l’attitude qui conviennent aux personnes en grande souffrance près desquelles tu passes tes jours et tes nuits. Permets-moi de t’admirer, de te remercier, et de te crier « Bravo » avec d’autres, le soir à 8h. Nous, nous essayons d’aider à chasser le virus en restant confinées chez nous et en observant les « gestes barrière » . . . C’est notre petite part. D’autres sont aux avant-postes . . . Nous leur disons merci, sachant que chacun/e tâche de « prendre soin » de soi, de l’autre, à la place qui est la sienne. Restons proches, restons unis, et montrons-nous tous le plus « humains » possible. C’est ainsi, peut-être, que l’on peut préparer « le jour d’après ».
Je serai très contente de te revoir . . . après.
Je t’embrasse.
Maryvonne : prénom d’emprunt

Chers confinés
Il fait beau temps, les arbres commencent à avoir des feuilles... et on ne peut pas sortir. Même quand on veut aller voir notre fille et nos petit enfants pour leur donner leur oeufs de Pâques ! J’espère qu’ on pourra fêter l’anniversaire de ma femme le 1er mai, avec notre fille et nos petit enfants. Cela fait quatre ans que ce n’est pas arrivé parce que nous avions quitté Brest...

Chers amis de l’atelier lirecrire

Ces instants là où nous étions réunis c’était incroyable.
Habituellement j’y prenais goût,
Et je vous suivais jusqu’au bout.
A vos côtés tout était confortable.

Justement vous m’impressionniez
Dans vos éclats de rire, qui m’enchantaient.
Dans vos déterminations,
Je vous portais une admiration.

A vos côtés,
Vous m’avez appris à être joviale.
A vos côtés,
Je voudrais apprendre à être une amie « idéale »

Cher prof principal
ces semaines de confinement étaient très chargées, j’ai reçu beaucoup de devoirs par internet. C’était très compliqué parce que je n’avais plus d’encre dans l’imprimante, mais heureusement que des personnes que je connais impriment les documents et me les apportent chez moi. J’ai eu besoin de l’aide de personnes à distance plusieurs fois chaque semaine pour mes devoirs parce que c’était très compliqué pour comprendre ce qu’il y avait à faire et aussi comment le faire. J’aurais aimé vous montrer mon travail pour que vous voyez ce que j’ai fait. J’ai tout rangé dans mon classeur et j’espère que vous serez content de moi.
Au début du confinement vous aviez dit que vous alliez m’appeler vous le n’avez pas fait. Ça m’aurait fait plaisir de parler avec vous pour savoir si vous alliez bien et pour parler de mon travail.
Je trouve que le confinement commence à être très long, comme il n’y a pas d’école je ne vois pas mes amies et je ne peux pas travailler comme avant.
J’espère que vous allez bien.

Cher Covid,
venu de la vie sauvage, soudain tu es entré dans le corps des hommes pour l’étouffer. Et tu te répands sur la planète entière quand nos souffles se croisent ou que nous nous touchons.Tu en veux à l’humanité, ou quoi ? Non, tu n’es pas vivant et n’a pas de volonté, donc je ne peux pas t’en vouloir. Je ne suis plus libre de bouger mais reste libre de penser, et d’écrire.
Et j’ai décidé, après avoir hurlé contre toi et ton projet diabolique, de te rendre grâce. Oui, de te remercier de nous faire signe.
Tu nous fais prendre conscience, par l’effroi partagé devant la mort, de notre destin commun.
Tu arrives comme un éclaireur de la crise climatique qui menacera notre humanité si nous prolongeons notre façon de profiter de la Terre-Mère. Il est juste temps !
Tu révèles notre capacité à partager, à nous réinventer pour agir autrement.
Tu nous appelles à accueillir ton exact opposé : le Souffle, l’Esprit, l’Amour. Chacun le nommera selon sa culture ou sa foi, mais là où tu nous tues, Il nous sauve.
Tu veux qu’on expire ? Lui, il nous inspire !

Cher et chère brancardiers
On ne pense pas beaucoup à vous, mais moi si ! Je sais que vous donnez beaucoup pour toutes les personnes hospitalisées.
Dans ma famille, il y a un brancardier, il aime beaucoup son métier, discute avec les patients qui lui répondent volontiers .
Merci beaucoup à vous qui vous battez tous les jours.
Je travaille dans un cabinet médical et je veux aussi dire Merci à Dr A. , Dr C. , Dr G. et Dr N. Qu’ils prennent soin de leur personnel. Ils me demandent tous les jours si je vais bien, me souhaitent une bonne après midi, bon courage et surtout un bon week-end. Ils pensent toujours à moi en période de Noël, car j’ai le droit à mes chocolats...

Bonjour bonjour comment ça va Jean-Luc,
Je voulais t’écrire ce petit mot pour te dire merci de nous mettre de la joie et de nous donner ton bonheur quand tu chantes tes chansons, surtout en période de confinement car les journées sont longues
Quand tu chantes et qu’on te voit sur les réseaux sociaux, on oublie le confinement ma fille et moi, on chante et on danse.
Heureusement que tu es là pour mettre un peu de soleil dans ma journée.
Parfois je n’ai pas le moral, j’écoute tes chansons et je retrouve mon sourire.
Encore merci pour ce que tu fais, et mille pouces pour dire que tu es génial.

Chère Boulangère et cher boulanger,
Je vous remercie de pouvoir nous servir tous les matins (ou presque il faut bien se reposer ! ). Vous êtes toujours présent et avec le sourire pour nous servir le pain et finalement nous apporter une petite routine qui nous permet de tenir durant cette période extraordinaire. Je vous remercie aussi d’apporter un peu de réconfort et de soutien en parlant un petit peu aux personnes qui sont confinées seules et pour qui la « sortie boulangerie » est sans doute le seul moyen pour elles de rencontrer du monde. Je vous dis aussi merci de nous permettre de nous alimenter tous les jours et de même pouvoir nous offrir des petits plaisirs avec vos viennoiseries et gâteaux !
Pour tout ce que vous nous apportez hebdomadairement et quotidiennement je vous dis merci chère boulangère et cher boulanger.

Cher Mr Le Président,
Je vous écris cette lettre pour vous demander si tous les travailleurs auront droit au chômage partiel. Je suis nounou à domicile et je m’inquiète de ce que je vais toucher à la fin du mois. Vous avez souvent remercié les personnes en 1ère ligne, mais les aides à domiciles ou les nounous qui interviennent chez les particuliers qui travaillent en 1ère ligne, nous sommes passées aux oubliettes, comme les animateurs qui travaillent pendant ces vacances, je suppose sans protection. Certes nous ne sommes pas en contact avec des malades directement mais les parents qui y sont peuvent l’avoir. Je vous avoue que je vais travailler en espérant de ne pas l’avoir. Je n’ai que du gel hydro-alcoolique pour me protéger, l’agence qui m’emploie a pu s’en procurer et j’en ai récupéré un.
Je souhaiterais également que les séjours d’été ne soient pas annulés, comme nos réunions de préparations. Nous ne serons pas plus d’une centaine. Un mois sans trop bosser, ça devient dur, donc faites au mieux pour tout le monde.
Cordialement

Cher Kim,
tu viens d’avoir 15 ans, je t’ai connu quand tu en avais 12 car tu décrochais de l’école, tu habitais dans un appartement avec ta mère et ton petit frère. J’essaie d’imaginer un peu ta vie en cette période de confinement mais je pense que je suis loin de ta réalité.
Je sais juste qu’avant tu n’allais pas régulièrement au collège car tu ne trouvais pas ta place et autour du collège tu t’étais construit une autre vie. Tu voyais souvent tes amis comme tu disais et ensemble vous vagabondiez dans la ville, parfois je te croisais encore en ville avant le confinement, et on se saluait toujours avec respect et plaisir je crois.
Tu étais déjà à 12 ans un as de l’informatique, je dis bien informatique, je me souviens tu souhaitais apprendre la programmation, tu avais même télécharger un logiciel tout en anglais pour t’y mettre tout seul. Tu allais tous le samedis matins « bricoler l’informatique » dans une association, tu ne ratais jamais une séance.
Mais là en cette période de confinement je pense beaucoup à toi, que fais-tu ? Habites-tu toujours dans le même appartement, c’était un rez-de chaussée d’une barre d’immeuble donnant sur un parking, je me souviens quand j’allais parfois te reconduire chez toi, ta maman à la fenêtre me saluait d’un signe de la main. Ton petit frère a maintenant 6 ou 7 ans il doit avoir besoin de bouger, fais-tu des choses avec lui ? Il n’y avait pas de jeux chez vous et comme tu aimais monter démonter la CPE de ton collège avait récupéré un meccano et te l’avait donné tu l’as toujours ? Ton petit frère joue avec ? Avez-vous un ordinateur ou une tablette à la maison pour rester en contact avec les ami.es, l’école la famille ? J’imagine que ta maman fait tout ce qu’elle peut en cette période qui accentue encore plus les inégalités, comme elle l’a toujours fait pour vous assurer, à vous ses enfants, un quotidien vivable. Je souhaitais t’écrire Kim pour te dire juste que jamais je n’oublierai le regard vif que tu avais quand tu sentais que tu apprenais.
Prends soin de toi et surtout ne lâche rien pour garder ou trouver ta place dans notre société.

Cher.es bénévoles d’ATD et d’autres associations comme le Secours populaire et chers amis qui ont donné de leur temps pour nous,
Votre présence pendant cette période très dure a été l’atout le plus important pour nous. Grâce à vous cette période de confinement a été un franc succès d’aide vers notre famille. Cette période serait très dure sans ces membres et amis. Nous serons toujours reconnaissants envers vous, merci ! D’ici là continuez à être les personnes merveilleuses que vous êtes. Je voulais vous dire de penser aussi à vous et à votre santé, c’est très important ! Je ne sais pas comment vous en remercier merci merci merci, on vous aime !
Pendant cette période j’ai vu une grande entraide partout vers les autres. Que c’est beau de voir ça ! Avant ce n’était pas comme ça avec les humains, alors j’espère que ça restera.
Moi, je trouve très dur de ne pas voir ma famille, mes amis ... Heureusement le téléphone et internet sont là pour les nouvelles. Quand on y pense internet est un très grand outil dans ces événements tragiques. Et tout se fait avec l’ordinateur.
Dommage qu’on ait plus nos rendez-vous médicaux, ça manque et c’est dur aussi.
Bisous à tous, prenez soin de vous !