Le journal des confiné.es : semaine 2

1 | par Clarisse, Françoise, Monique , Nadine, Patrick, Sébastien, Valérie

Quelle grande surprise le 17 mars ! Ce confinement a tout perturbé notre vie. La première semaine vu que ma fille devait être en stage pas beaucoup de devoirs. On a pu faire le nettoyage de printemps, du tri, faire des jeux de société, regarder la télé, faire la cuisine plein de choses qu’on ne faisait pas depuis le lundi 23 février.
Les devoirs sont arrivés par internet... Bonne question : comment on fait quand on n’a plus de cartouche d’encre ; et moi j’ai pas le niveau ? Ah bon, on va essayer comme on peut. Vu le planning il fallait faire le formateur de l’école, hou la la ! Et quand l’enfant a beaucoup de difficulté... comme on ne doit plus sortir non plus, nous faisons à distance les devoirs. Pas facile pour les personnes qui nous accompagnent, mais ça aide beaucoup. Après le reste, nous avons des relations par téléphone ou par skype avec l’éducatrice, le psy et l’orthophoniste, mais c’est difficile les conversations qu’on entend, on se sent surveillés, etc... Après une petite pause, des jeux ou on souffle, on mange et dodo. Moi j’aimerais mieux faire plein de choses à la maison avec mon enfant, chanter, danser, jouer, lui apprendre des choses. Trop de devoirs !
En plus comment on va arriver pour vivre, vu que mon mari travaille deux jours et après en chômage technique ? Mais l’entreprise n’a pas encore reçu encore ses codes... Va-t-on avoir quelque chose le mois prochain ??? En plus les papiers de sortie et les lois qui changent toutes les cinq minutes ! On est perdus, comment ne pas avoir l’angoisse dans une famille. Heureusement sur internet il y a des activités sport etc gratuites mises à notre disposition.
Merci aux infirmières, ambulances et plein d’autres. Je dis au gouvernement N’oubliez pas les masques, gel etc pour les gens et eux feront l’effort de rester chez eux. Je dis haut et fort Restez chez vous, et merci à tous !

La solitude c’est difficile. Pourtant je connais la solitude depuis toute petite, j’étais toujours toute seule, je partais dans la nature. Ce qui me manque c’est le côté affectif. J’aimerais avoir quelqu’un à côté de moi, avec qui parler et qui s’occuperait de moi.
Avant j’allais plusieurs fois par semaine à l’hôpital de jour, ça me manque. Je voyais des gens, il y avait du sport, de la relaxation, des jeux. J’ai besoin de voir des gens, en vrai. C’est ça que j’aime.
Il fait beau, j’ouvre la fenêtre et regarde dehors. C’est vide, ou il y a une ou deux personnes qui marchent..
Je regarde peu la télé, les informations ça me presse la tête. Le virus ? Il ne me fait pas peur pour moi, mais cette ambiance, j’aime pas, et c’est trop long. Je ne vois pas le bout du tunnel, mais je fais avec... j’essaie de rester positive. Et puis je prie, même à haute voix, pour demander de l’aide et pour protéger ceux qui en ont besoin. L’un de mes fils m’a appelé pour mon anniversaire. Et quelques amis d’ATD me téléphonent. Merci à eux !

Voici deux semaines de confinement. Le temps est long. Heureusement le soleil est là, et qu’on a un jardin. De plus, je bosse un jour et demi, cela me change les idées. J’en ai profité pour m’avancer sur les menus de mon séjour à Camaret et mes planning que mes équipes, dont j’ai fait des affiches pour recruter, devront remplir.
Vivement que le confinement se termine.
>Prenez soin de vous

J ... je ne sais plus combien, je ne compte plus, les jours se ressemblent tant, on est lundi jeudi dimanche ?
Une de mes fenêtres donne sur des arrières d’immeubles. Je suis à la fenêtre j’entends deux personnes discuter, un homme et une femme, je ne les vois pas, j’écoute. Ils racontent rien finalement, ils parlent. La femme dit pour clore la conversation "A bientôt", l’homme répond "oui parce que de toutes façons on est là". Je ferme aussi ma fenêtre.

Je pense que le Corona virus est pénible pour tout le monde. Pour moi c’est ennuyeux parce que j’ai plein de devoirs, parce que je ne vois personne, je ne sors pas.
Le matin je me lève à 9h00 puis je prends mon petit déjeuner et en même temps je fais mes devoirs. Je reçois mes devoirs par internet, je me connecte avec le code de ma maman puis je vais sur le carnet de l’école et je regarde ce qu’il y a à faire. Je fais cela tous les jours. Je fais tout par écrit car je n’ai plus d’encre dans mon imprimante. Les élèves qui n’ont pas d’ordinateur à la maison ou pas internet sont obligés d’appeler l’école qui dit ce qu’il y a à faire ou parfois ils postent le travail. Moi je fais avec l’ordinateur de ma mère mais c’est compliqué. Il y a des exercices difficiles , je demande de l’aide à ma famille ou à distance à des personnes que je connais. Quand j’ai fait les exercices je les range dans mon classeur. Cela me prend 6 ou 7 heures par jour, je trouve que ce n’est pas très bien après je n’ai plus de temps pour moi, c’est stressant tout ce travail !
Moi j’aimerai profiter un peu du beau temps, profiter de ma famille.

Confiné dans le trop présent, j’ai besoin de penser au « jour d’après ». Alors j’écris :
Le jour d’après on aura compris que les gens sont prêts à se mobiliser pour une grande cause si elle est vitale.
Le jour d’après on écoutera attentivement les scientifiques, aussi quand ils nous conjurent d’agir plus fort et plus vite pour abaisser le taux de CO2 et pour la biodiversité.
Le jour d’après on trouvera des milliards pour que l’hôpital et notre système de santé soient à la hauteur de nos besoins.
Le jour d’après on saura qu’on peut puiser dans la solidarité, cette énergie renouvelable dans le cœur des gens.
Le jour d’après on regardera autrement la mondialisation tout azimuts, et on organisera les marchés internationaux en fonction de nos besoins essentiels.
Le jour d’après on débattra ensemble de ce que sont ces besoins essentiels dont on doit garder -ou conquérir- la maîtrise..
Le jour d’après on repensera des tableaux de bord obsolètes (croissance, déficit, …)
Le jour d’après on pensera local (inventivité, expérimentation) et on agira global (lois et réglementations, nationales et internationales)
Le jour d’après on inventera une parole politique humble, non-violente et sans masque.
Le jour d’après on fera une vraie priorité des plus fragiles, et de l’éradication de la misère
Le jour d’après on réduira les vraies distanciations sociales et économiques, l’injustice
... et on s’embrassera sans barrière !

Mercredi 25 Mars 2020 J 10
Ces premiers jours de la semaine sont un peu angoissants . . . Radio, télé, martèlent les mêmes messages : restez chez vous, lavez-vous les mains, etc..Et pourtant observer tout cela, éviter d’attraper ce virus, ou de le donner, c’est essentiel !
Je ne peux pas dire que le confinement me coûte énormément, même quand il fait très beau comme ces jours-ci, mais je sais bien que rester entre 4 murs à longueur de temps est beaucoup plus facile à supporter pour des gens de mon âge que pour des enfants, des ados . . . et leurs parents ! Beaucoup de bonnes idées : un petit garçon (8 ans ?) m’a envoyé une BD décrivant sa journée heure par heure, de façon humoristique. Sur internet, Jean-Luc Roudaut propose ses chansons amusantes aux plus petits (j’ai eu du plaisir à le réentendre, moi aussi !) Et il y a les heures scolaires . . . mais, pour certaines familles elles sont difficiles à mettre en place.
Samedi 28 mars J 13
« L’épidémie gagne du terrain, la situation est particulièrement préoccupante . . . » C’est ainsi que commençaient les informations ce matin.. . Il faut donc être encore plus vigilants. . . et garder le moral !
Ces derniers jours, j’ai pu aider un peu, par téléphone, une jeune de 4° à travailler son anglais. Elle était très contente (m’a dit sa maman), et moi aussi ! On continue la semaine prochaine. De nouvelles propositions, pour faire de ce temps de confinement un temps enrichissant : l’animatrice de l’atelier d’arts plastique en a envoyé plusieurs, dont la confection d’un herbier. Il y a aussi des gens qui réussissent à faire des choses ensemble tout en restant chez eux ; un très bel exemple en a été donné à la fin des informations de 13h : les membres d’un grand orchestre européen ont joué ensemble, chacun chez soi, sous la direction du même chef d’orchestre, un extrait de la 9ème symphonie de Beethoven : l’hymne à la joie, devenu aussi l’hymne européen. J’ai trouvé ce moment très émouvant.

Je suis sur mon ordinateur pour mes activités un partie de la journée ; mon conjoint fait des cours à mon fils et il poursuit ses cours à la fac par télé-travail. On joue aux jeux de société tous les quatre.

L’illustration est de A. Roué