Chagrin d’école

(actualisé le ) par Andrée, Françoise, Guy, Gwendoline, Marie-Claire, Monique , Nadine, Sandrine, Valérie

Quand j’étais enfant, j’avais du chagrin de ne pas voir ma mère et mon père et mes sœurs car c’était trop loin où j’étais en pension dans la Loire. Ma mère venait me voir une fois tous les trois ou quatre mois. Quand elle partait je commençais à pleurer de la voir partir.

Mon chagrin d’école a commencé quand je suis entrée à l’école. Dès la maternelle, j’ai très vite compris que je n’étais pas comme les autres. J’avais plus de difficultés pour apprendre.
Mon quotidien à l’école était les insultes par les autre élèves, j’entendais régulièrement : "T’es bête, tu ne vaux rien, t’es moche, t’es grosse...
Et cela a été ainsi jusqu’à la fin, hormis en 6e 5e où c’était un peu mieux, j’étais dans une classe spécifique, on était toute la classe pareille et en groupe les insultes des autres enfants étaient plus supportables que quand on est le seul vilain petit canard au milieu de la classe.
J’ai découvert une chanson de Claudio Capéo "Ma jolie" que j’aime beaucoup, elle résume bien ce que j’ai vécu et j’aime cette phrase : "Pour elle y a pas d’amour, y a que des juges en cartables."
Comment voulez-vous qu’un enfant prenne confiance en lui et croie en l’avenir quand il subit cela toute sa scolarité ?
Heureusement aujourd’hui on en parle et on fait plus attention, mais il y a encore des efforts à faire, vous ne croyez pas ?

Un de mes chagrins d’école remonte à 1942. Habitant St Renan, où il n’y avait pas de collège, je devais nécessairement être interne (ou "pensionnaire" comme on disait alors) pour entrer en 6°. Hélas ! En 42, tous les internats avaient dû fermer à Brest, par ordre de la mairie, à cause des bombardements fréquents. Et je me retrouve . . . pensionnaire à Quimper ! Arrivent les vacances"de mardi gras". Elles ne durent que deux jours : impossible pour "les Brestoises" (nous étions une cinquantaine) de faire l’aller-retour en si peu de temps. Et encore plus impossible pour une Renanaise ! Alors, les Quimpéroises sont rentrées chez elles, et nous, les Brestoises, nous sommes restées à l’internat !
Je crois que j’ai pleuré pendant les deux jours.

A partir de la maternelle, mes chagrins école ont été provoqués par les moqueries en lien avec mon poids surtout : grosse patate, tu pues, ........... la cloche, tu vas prendre 2 places dans le bus.
J’étais toujours seule à l’école, je ne travaillais plus et je ne voulais plus y aller à cause des moqueries, je me bagarrais et personne ne me comprenait. Mes parents étaient convoqués à cause de moi à l’école et ça bardait ensuite à la maison. J’en avais marre et je me bagarrais de plus en plus, je crachais aussi j’étais punie plus en plus. J’ai été obligé d’être suivie CMPP etc...
Et encore et toujours des moqueries et on disait que c’était toujours moi qui cherchais. A la maison j’étais punie fessée etc ... Mes parents n’avaient plus confiance en moi. Ensuite j’ai été virée de l’école et on m’a mise en école SES puis plus tard dans un foyer de jeunes femmes .

Je n’ai pas compris pourquoi la maîtresse a jeté ma chaussure par la fenêtre.
C’est vrai que je jouais avec.
Du coup, une fois de plus, tout le monde s’est mis à rire.
Je me suis trouvée très gênée.
Je n’ai pu récupérer ma chaussure qu’à la récréation.
Tous les enfants de l’école avaient vu la chaussure. Tout le monde était au courant.
Je me suis sentie coupable. Coupable de quoi en fait !
Cette maîtresse ne m’aimait pas.
Avec du recul, a-t’elle pris conscience de ce que son acte a déclenché sur moi ?
Je suis peut-être trop sensible.
Je l’agaçais, je ne sais pas pourquoi.
Le souci, c’est quand un adulte en particulier une enseignante, quelqu’un qui a autorité agit ainsi, les autres enfants suivent l’enseignant. On devient la bête noire.
On est déstabilisé.
Les enfants se sont moqués de moi.

Il y a quelques années de ça ma famille devait déménager dans une grande ville, pour la rentrée de septembre. Je devais rentrer en CE1 mais quand je suis arrivée dans cette nouvelle école on m’a remise en CP. Je me suis dit dans ma tête que je ne valais pas grand chose et cette décision avait été prise sans me le dire. A bientôt 50 ans je n’ai toujours pas la réponse à ma question : pourquoi m’avoir fait redoubler ?

Lorsque j’étais en maternelle, on me mettait sur le pot pour faire pipi et comme je ne pouvais pas faire on me forçait à rester dessus pendant ... des heures. J’ai été traumatisée car plus je restais sur le pot plus je me bloquais intérieurement et je ramassais des claques.
Et aujourd’hui j’y pense encore parfois.

En 6e, j’étais dans un collège "bourgeois" de la ville, et en début d’année la professeure de français nous demande d’écrire une rédaction racontant un événement, un fait marquant ...
Je décide de raconter l’arrivée de la première voiture de mes parents, cela s’était passé l’année précédente. Je décris donc la livraison de cette voiture qui était une Renault 4 soit une 4L.
Deux semaines après la professeure nous rend les copies. Elle commence par la plus "mauvaise" en annonçant la note puis continue la distribution. Ma copie m’a été remise en dernier, j’avais donc la meilleure note ... Sauf que cette professeure se met à lire à voix haute ma copie. Et là j’ai senti sur moi les regards des autres élèves. A la fin du cours, ces élèves sont venues vers moi, se moquant de l’événement que j’avais choisi et qui forcément pour elles n’en était pas un. Je ne me souviens plus des propos blessants entendus mais je sais que pendant des années j’ai fait en sorte que mes rédactions restent moyennes, ne parlent pas de ma réalité et au besoin j’inventais, afin que plus jamais on ne lise mes textes à voix haute devant toute la classe.

Le CP, cours préparatoire, est la classe dont je garde le meilleur souvenir.
Et pourtant, c’est dans cette classe que j’ai eu mon plus gros chagrin.
C’était pendant l’année scolaire 1953-1954. Je venais d’avoir 6 ans. Nous apprenions, au fil des jours, à écrire les lettres de l’alphabet en écriture ronde et déliée. Arrivée à la lettre « k », impossible de la retranscrire. Je me suis mise à pleurer de toutes mes larmes. Peut-être étonnée, mon institutrice, Melle Oiselle, m’a prise par la main et m’a conduite vers la classe des CE1-CE2 et a dit aux élèves : « Voici une petite fille qui pleure parce qu’elle n’arrive pas à écrire une lettre de l’alphabet ». Je pleurais plus que jamais.
Puis l’institutrice m’a reconduite à ma place.
Je ne me souviens pas de la suite. J’ai cessé de pleurer sans doute et me suis remise au travail. Et même, j’ai oublié longtemps.
Aux vacances d’été qui ont suivi, ma mère m’a réveillée un matin pour me dire que Mlle Oiselle était morte. J’ai compris que je ne la reverrais plus. Je l’aimais bien.

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